J'avoue céder un peu à la vanité en mettant cette photo que je trouve très belle! Merci Julien Chorier! |
22h50,
comme les autres coureurs, je suis tassée comme une sardine derrière
l'arche de départ. J'éprouve soudain une certaine appréhension car
ladite arche est très étroite et je crains de me faire pousser. Si
je survis aux 50 premiers mètres de la course, je pourrai aborder
les 125 km suivants avec une certaine confiance : je me suis
bien préparée, mes problèmes d'anémie semblent momentanément
résolus et surtout, j'ai une très grosse envie de courir !
J'ai même trouvé un assistant de choc, Javier Torrent. Quand le
départ est donné, ça ne loupe pas, je me fais pousser plutôt
brutalement ; j'ai aussi la surprise de voir tout le monde
partir à fond. Au bout d'un km, une fois la côte atteinte les
choses se tassent et je double toutes les filles et des wagons de
coureurs. Je suis concentrée sur ma respiration et ma foulée, mon
objectif étant d'être le plus détendue possible. Les premières
heures de course sont pour moi un vrai bonheur : j'ai
l'impression de dépenser peu d'énergie en courant, les sentiers
sont beaux (enfin, ils semblent beaux car avec la nuit et la brume,
on ne voit rien!), j'écoute de la belle musique, bref, je m'amuse.
Et puis, passé le premier ravitaillement, je commence à me perdre :
rien de grave, au total j'ai perdu 7 mn.. mais cela m'énerve :
c'est tellement frustrant de gaspiller du temps et de l'énergie pour
rien !
Une image du profil, pour plus de clarté |
Je
mange régulièrement et je fais le constat que, niveau nourriture,
je ne suis pas forcément encore très au point : j'ai prévu
beaucoup trop de nourriture à mes postes d'assistance et je me pose
pas ma de questions sur les quantités à ingérer : j'ai bon
appétit, ce qui est une première pour moi sur un ultra, mais du
coup, je crains de trop manger ! Je bois peu, car il fait froid.
Le vent souffle fort, il pleut un petit peu.
Après
Teror, je constate que je suis très en avance sur l'an dernier,
puisque je vais faire toute la montée suivante, qui est superbe au
lever du jour, de nuit. J'en profite pour me perdre encore un petit
peu..
Au
lever du jour, je rattrape plusieurs coureurs. Cela faisait plusieurs heures que j'était seule et je commençais à
m'endormir un peu. Du coup, cela me rebooste, d'autant plus qu'un
coureur me colle dans la belle et longue descente vers Tejeda que,
imprudemment, je fais donc à bloc, tout en constatant avec joie que
le brouillard se lève et que Roque Nublo est tout illuminé de
soleil. Je me réjouis donc d'aborder la montée vers les sommets !
Cette montée est plus longue que dans mes souvenirs, mais elle est
très belle, donc elle passe relativement bien. On fait une petite
boucle vers Roque Nublo, puis on redescend en direction de Garanon. A
l'attaque de la descente, je constate que mes muscles commencent à
accuser le coup : de fait, j'ai mal un peu partout, des mollets
aux épaules en passant par les quadriceps et les abdos ! Il
reste encore 50 km, ce qui n'est pas rien !! Arrivée à
Garanon, je me déleste enfin de ma grosse frontale Ferei (qui entre
nous soit dit à tenu toute la nuit, à pleine puissance dans les
descentes !!), ça fait du bien. Je bois un coup, change mon
bandeau pour une casquette et des lunettes, puis repars rapidement :
je souhaite creuser l'écart avant le départ du marathon car je
crains de me faire dépasser par des hordes de coureurs.
Après
une courte et raide montée, je constate, dans le début assez raide
de la descente que j'ai du mal à descendre : je m'inquiète un
peu, car la descente est longue, et dans l'état où sont mes jambes,
je crains de ne pas arriver en bas ! Je prends une minute pour
m'asseoir et me masser un peu. En repartant, les choses s'améliorent
progressivement et j'arrive à faire une descente convenable, même
si je réalise que les sections raides et pavées achèvent de me
massacrer les muscles. Je commence aussi à avoir du mal à tenir mes
bâtons sans éprouver de douleurs au dos et aux épaules. A Tunte,
je fais le plein d'eau, et repars. J'ai un petit coup de mou au début
de la montée : rien de grave, mais je constate que je marche là
où, deux heures auparavant, j'aurais encore couru. Je me fais
doubler par Thibault Baronian, premier coureur du marathon : sa
foulée légère et aérienne me fait rêver, moi qui commence à me
transformer en hippopotame pataud. Je remets ma musique, que j'avais
cessé d'écouter depuis Garanon et, tout de suite, je me sens mieux.
Je ne vais pas plus vite, mais je m'en aperçois moins :-)
Après
un petit col, on emprunte un très long single en direction de
Agayaures. Ce sentier à flanc de colline est superbe et, malgré la
fatigue, je me fais extraordinairement plaisir.
Arrivée à Agayaures (photo IrunFar) Foulée quelque peu rasante :-) |
A Agayaurès, dernier
point d'assistance, je bois un peu, récupère 1/2 l d'eau, et entame
au petit (vraiment petit) trot, la dernière montée de la course.
Arrivée au col, le panneau qui indique l'arrivée à 15 km me
déprime un peu : je pensais être à 12-13 km de l'arrivée. Je
fais le calcul que, à 10 km/h, il me reste donc 1 h 30 de course !
Ouah ! Là j'ai vraiment mal partout !! J'essaie de me
mettre dans une sorte d'état méditatif, d'oublier le temps ou les
km et de me concentrer sur ma musique et les beautés de la nature.
Ca marche par moments, mais pas tout le temps. Après une brève descente caillouteuse, on arrive bientôt
dans un lit de rivière asséchée, avec des gros galets
irréguliers : le bonheur pour mes muscles déjà au bout du
rouleau. Du coup, les chevilles sont moins souples que d'habitude et
je sens qu'elles commencent à souffrir. Après 5 ou 6 km dans de
telles conditions, c'est le bonheur de trouver enfin une piste damée.
A 5 km de l'arrivée, à ma grande surprise, je vomis soudainement un
petit coup, comme ça, de manière complètement inattendue! Du
coup, j'ai soudain une grosse baisse de moral, car j'ai tellement mal
partout que l'idée de courir encore 30 mn m'est insupportable!
J'ai envie de m'asseoir, ou au moins de marcher un peu! Je
verse même une petite larme, dans un grand moment
d'auto-apitoiement. Ce moment passé, je continue à courir dans une
sorte d'état second, tout en commençant à me faire régulièrement
doubler par les marathoniens. Et puis soudain, enfin, l'arrivée est
en vue ! Tout à ma souffrance, j'ai du mal à être contente, à
réaliser que je suis en train de gagner la Transgrancanaria !
En franchissant la ligne, je suis un peu ahurie et tellement soulagée
qu'enfin je n'aie plus à courir!
La joie d'avoir gagné et surtout réalisé un très bon temps (15h23) vient ensuite. Pour finir, je voudrais vous remercier, vous qui me suivez sur Facebook, vous qui avez souvent de très gentils mots pour moi, dans mes réussites comme pour mes échecs.. Vous m'avez donné la force de finir cette course, merci!!
La joie d'avoir gagné et surtout réalisé un très bon temps (15h23) vient ensuite. Pour finir, je voudrais vous remercier, vous qui me suivez sur Facebook, vous qui avez souvent de très gentils mots pour moi, dans mes réussites comme pour mes échecs.. Vous m'avez donné la force de finir cette course, merci!!
Photo Ian Corless. La joie de finir! |
Une superbe victoire caroline, j'ai eu la chance de te croiser à roque nublo 2 jours avant la course et même de faire quelques foulées avec toi dans les premiers kilomètres (tu étais dans ta musique et je n'ai pas voulu te déranger). Un beau recit qui montre bien que coureuse élite ou coureur du peloton la souffrance et les doutes sont les mêmes.
RépondreSupprimerFabrice
Merci Fabrice. Et toi? Comment s'est passée ta course? J'étais contente de te croiser à Roque Nublo!
SupprimerUn immense bravo pour cette victoire et la joie de lire ce beau récit alors que je viens de me faire une grosse entorse à la cheville dans une descentes. C'est le genre de récit qui redonne des ailes ai moral! Encore bravo.
RépondreSupprimerMerci! Soignes toi bien! Courage!!
SupprimerBRAVO ! BRAVO ! je t'ai encouragée près de l'arrivée au trail de la Galinette, j'ai eu le droit à un super sourire ! et là , je t'ai suivi en live trail, je croisais les doigts tout le temps pour continuer à te voir en tête ! j'ai adoré ton récit de course, un instant je me suis mise à ta place ....
RépondreSupprimerMerci Isabelle! ah, le trail de la Galinette, c'était sympa!! C'est très gentil de m'avoir suivie et encouragée
SupprimerMerci de partager ces sentiments. ..j'avoue égoïstement adorer lire ces récits et me les remémorer lors de mes coups de mou sur mes petites distances.... vous avez tenu...pourquoi pas moi...Merci de me faire rêver, vibrer, ....
RépondreSupprimerOui, je pense que tu as raison de dire "pourquoi pas moi". Il n'y a pas de grand secret: s'entraîner, bien manger, bien dormir, et surtout, être très motivé et prendre plaisir à ce que l'on fait. Les coups de mou sur les petites distances, je les ai aussi, si ça peut te rassurer! :-)
SupprimerMerci de partager ces sentiments. ..j'avoue égoïstement adorer lire ces récits et me les remémorer lors de mes coups de mou sur mes petites distances.... vous avez tenu...pourquoi pas moi...Merci de me faire rêver, vibrer, ....
RépondreSupprimerHello Caroline, bravo pour tes performances et ta personnalité inspirante.
RépondreSupprimerJuste une question, je découvre qu'on peut écouter de la musique sur les compétitions. Est ce que c'est toujours autorisé en Trail?
Bonjour Yves. Merci pour tes compliments! C'est gentil. C'est seulement la FFA qui a interdit la musique, donc uniquement sur les courses qu'elle organise directement (TTN et championnats de France). Pour toutes les autres courses, en France et à l'étranger, chacun est libre d'écouter sa musique, sauf si le règlement de la course l'interdit explicitement
SupprimerMerci!! Ça m'arrange beaucoup, la musique c'est carrément thérapeutique pour moi:)
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